Oscillations de Rabi
Depuis sa découverte en 1937, le
mécanisme de l'oscillation de
Rabi demeure l'un des plus fondamentaux. Il existe de nombreuses
applications s'appuyant sur ce mécanisme, mais le plus
utile est sûrement la Résonance
Magnétique Nucléaire (RMN) ou Imagerie par Résonance
Magnétique (IRM), où la mesure de la
fréquence de Rabi permet de produire les images les plus
précises du corps humain.
Il existe plusieurs modèles qui
illustrent ce mécanisme. En fait ces oscillations son tellement
courantes qu'elles servent souvent d'exemple d'applications dans les
diverses théories. Nous utilisons ici le modèle de la résonance magnétique
. Toute autre approche serait également valable. Nous espérons
que la description qui suit sera claire.
Le segment noir gras représente un vecteur de Bloch. Il se
déplace dans l'espace tri-dimensionnel. La boite qui entoure la
figure représente le système de de
coordonnées cartésien (x,y,z). L'axe vertical (z) porte un
segment rouge dont la longueur égale à la projection du
vecteur sur l'axe vertical. Ce segment permet de visualiser
en temps réel la composante longitudinale
du vecteur de Bloch. On observe également, tracé en
rouge, l'oscillation de Rabi,
qui est en fait l'amplitude du trait rouge en fonction du temps. Cette
courbe n'est pas directement reliée au reste de la figure, et
nous l'oublions pour le moment.
Comme nous venons de le mentionner, le vecteur de
Bloch à trois composantes, ie. la projection sur l'axe vertical,
ainsi que deux autres, dont la somme se situe dans le plan horizontal.
On appelle celle-ci la composante transverse.
Maintenant observons le mouvement. On note que l'état du
système passe de longitudinal à transverse, puis à
longitudinal, et ainsi de suite... Voilà ce que nous
entendons par oscillations de Rabi. Avant de voir cette
oscillation en détail, voyons d'abord ce qui force
le vecteur de Bloch à bouger.
Cette dynamique est due au fait que, le vecteur de
Bloch possède deux propriétés fondamentales:
D'abord, il possède un moment
dipolaire. Ceci peut être représenté par un
aimant. si l'on applique un champ magnétique, alors le moment
tend à s'aligner sur ce champ. C'est de cette façon que
nous agissons sur le vecteur de Bloch: à l'aide d'un moment
dipolaire. On visualise donc le vecteur de Bloch comme un petit aimant
qui est soumis au champ magnétique. Nous verrons plus loin qu'il
y a en fait DEUX champs différents.
Le premier champ n'est pas montré sur la
figure. Il est vertical (orienté vers le haut par exemple), il
est très fort et il ne varie pas en fonction du temps (champ
statique). Puisque ce champ est très fort, et selon ce que
nous venons d'établir, le vecteur de Bloch devait
normalement se stabiliser en position verticale un peu comme le
ferait une boussole. Il n'en est rien.
Nous avons maintenant besoin de la deuxième
propriété: le moment
d'inertie angulaire. C'est le cas par exemple d'une roue qui
tourne rapidement. Si on lui applique un couple, on provoque une
rotation autour de l'axe normal au plan formé par le couple et
le moment angulaire. Voila le fameux mouvement
de précession si familier au "jeune" et au "moins jeune"
physicien qui fait tourner une toupie. En fait, pour modéliser
une oscillation de Rabi, il faut utiliser le concept de moment
d'inertie angulaire. sans celui-ci, le moment magnétique ne
ferait que s'aligner avec le champ et il n'y aurait pas
d'oscillation. En fait, La plupart des théories en
physique et en chimie utilisent les concepts de rotation et d'inertie.
Le modèle est maintenant complet: On peut
l'associer à un petit aimant qui tourne rapidement sur son axe,
comme une toupie. L'axe de rotation et l'alignement des pôles sont
parallèles et représentés par le vecteur de Bloch.
Je rappelle que le champ magnétique est vertical et très
fort. Exactement comme une toupie, le vecteur de Bloch commence
à tourner autour de l'axe vertical. Ce mouvement s'appelle
précession et sa
vitesse de rotation autour de l'axe s'appelle fréquence de Larmor.
La fréquence de Larmor est proportionnelle à la grandeur
du champ magnétique et une constante qui dépends du
système lui-même. Par exemple, un minuscule
électron devrait tourner plus rapidement qu'un neutron plus
lourd, d'où l'utilité de cette constante que l'on appelle rapport gyromagnétique.
Pour qu'il existe un mouvement de précession,
le vecteur de Bloch doit s'éloigner de l'axe vertical (tout
comme une toupie doit s'écarter de la verticale pour que
commence l'oscillation). Si le champ ne produit aucun couple,
alors aucun mouvement n'apparaît. Pour pouvoir créer un couple,
alors les lignes de champ doivent se trouver à angle droit avec
le vecteur de Bloch. Ceci nous rappelle le concept d'aimantation longitudinale et d'aimantation transverse que nous
avons vu auparavant. Si le vecteur est exactement vertical, alors rien
ne se produit, tout comme pour la toupie. D'un autre coté,
si le vecteur est parallèle au plan horizontal ,
alors il précesse dans ce plan. Nous appelons ces deux
états alignement longitudinal et transverse respectivement. Bien
sur, la toupie perds éventuellement de la vitesse et
s'arrête, mais les électrons d'un atome ne sont pas
soumis à des forces de friction. Nous supposerons
donc qu'il n'existe aucun effet de
relaxation et le mouvement n'étant pas amortit, il durera
indéfiniment.
Pour créer une oscillation de Rabi, nous devons partir d'un état
longitudinal, ie. un vecteur
de Bloch vertical. Nous appliquons un deuxième champ
magnétique. Il est représenté sur la figure par la
flèche vert/rouge.
Cette fois-ci, le champ tourne. Sa vitesse de rotation doit être
identique à la fréquence de Larmor. L'amplitude du
champ est habituellement très petite, comparée au champ
statique. Puisque le champ tournant est perpendiculaire au
vecteur de Bloch, alors le vecteur va se mettre à
précesser autour de celui-ci, mais, étant donné
que celui-ci tourne déjà à la fréquence de
Larmor, alors le vecteur de Bloch demeurera perpendiculaire au champ
tournant, et l'orientation longitudinale sera lentement convertie en
orientation transverse, puis longitudinale, puis transverse a
nouveau... La fréquence a laquelle cela se produit
(fréquence de Rabi) est proportionnelle a l'amplitude du champ
tournant multipliée par le rapport gyromagnétique. Dans
l'animation que vous voyez ici, nous avons fixé à
12 le rapport entre les deux, mais dans les cas réels, il se
situe habituellement dans l'ordre de mille jusqu'à un million.
©2004, 2006, Alain Michaud